9 janvier 2026

Interprétation de BAUDELAIRE par Josyane Moral

Image générée par IA pour La SIACB

Présentation par Claude Fernandez

Depuis la création de l’Association Internationale des Amis de Charles Baudelaire par Cedric Jacob, Josyane Moral, poétesse-déclamatrice, a entrepris l’enregistrement d’un certain nombre de poèmes parmi les Fleurs du Mal. Quelques-uns ont fait l’objet de vidéos sur YouTube, au nombre de 7 actuellement le 1er janvier 2026. D’autres devraient suivre.

J’ai personnellement apporté mon concours à ces réalisations, visant à obtenir un résultat le plus proche possible des exigences liées à la prosodie poétique classique dont se réclame Baudelaire. Il  s’agit donc autant d’une recherche esthétique que du respect à l’égard de l’affirmation exprimée par l’auteur. Sur ce dernier point cependant, le souci, de la part de Baudelaire, d’obéir strictement aux règles classiques, apparaît moins absolu qu’il n’y prétend si l’on se réfère à une analyse textuelle, ce qui pourrait refléter de sa part une posture idéologique de rigueur plus que sa concrétisation. Par ailleurs, l’application sur le plan oral de règles décalées historiquement par rapport à l’évolution orale de la langue depuis l’époque post-renaissante, apparaît problématique. Ces restrictions, ainsi que la constatation de rencontres phonétiques manifestement inesthétiques, parfois difficilement prononçables – quoique conformes aux règles prosodiques – nous ont conduit à une certaine adaptation indispensable.

A priori, le style déclamatoire de Josyane Moral apparaît très apollinien et très éloigné du registre dionysiaque. Elle se trouve plus en accord avec les “molles clartés” de la poésie lamartinienne qu’avec les images fortes et les idées souvent transgressives de la poésie baudelairienne. Pourtant, le résultat obtenu, me semble-t-il, apparaît convaincant. Ce paradoxe pourrait s’expliquer par l’amphibologie expressive de la poésie baudelairienne, laquelle permet des possibilités interprétatives variables selon les poèmes considérés, ce que traduit un choix très électif de la déclamatrice, par exemple . “Moesta et errabunda”, “La Beauté”… plutôt que “Au lecteur” ou “Bénédiction”…

Sur le plan pratique, afin d’éviter les erreurs, nous avons utilisé une didascalie spécifique indiquant par couleur ou graissage  les points sensibles de la déclamation à respecter : les e post-accentuels terminaux à l’intérieur du vers, les h “aspirés”, les liaisons, les accents toniques au niveau des césures, les è ouverts sur les formes verbales, les coupes, les diérèses, les arrêts temporels occasionnels (quoiqu’en théorie ils doivent se situer tous à la fin des vers). J’ai, en revanche, négligé des subtilités très secondaires comme le marquage des géminations, la prononciation distinctive des e asthéno-toniques en fin de vers permettant de différencier les rimes féminines des rimes masculines…

L’importance de ces prescriptions interdit quasiment de réaliser une lecture sans faute en un seul jet, ne serait-ce que pour un sonnet. Elle entraîne conséquemment  la nécessité de reprendre un certain nombre de vers, réintégrés a posteriori dans l’enregistrement. Il faut ajouter à cela d’autres erreurs, difficiles à prévenir par une modification d’aspect, notamment les “aspirations” parasites précédant certaines voyelles en début de mot, voire pire au niveau d’une élision… En revanche, je suis très peu intervenu concernant l’expression et les courbes d’intensité sonore. In fine, ces rectificatifs présentent l’inconvénient de nuire à la spontanéité de l’interprétation, d’où le risque de perdre plus que l’on ne gagne sur la qualité, la priorité devant rester à l’expression sur l’orthodoxie prosodique.

On reconnaîtra, me semble-t-il, chez la déclamatrice, un timbre de voix sui generis d’un agrément certain, présentant parfois des effets irradiants, notamment par d’inattendues pointes vers l’extrême-aigu. De surcroît, elle semble absorber par sa complexion phonatoire kinesthésique les nombreuses cacophonies consonantiques – consubstantielles à  la prosodie classique qui ne les proscrit quasiment pas contrairement à la plupart des cacophonies vocaliques.

Sur le plan des critiques, je signalerais une expression insuffisamment enflammée dans les passages lyriques. J’ajouterais pour finir un marquage des accents toniques sur les césures insuffisant à mon sens, de même parfois pour les inflexions vocales sur la voyelle précédant les e post-accentuels terminaux, ce qui induit une scansion un peu trop diluée.

C’est l’auditeur qui jugera du résultat. D’après ce qui m’a été signalé, il semble que les arrêts obligatoires en fin de vers n’aient pas toujours été appréciés. Ils sont pourtant nécessaires à la perception de la métrique. Il est possible que la tendance actuelle à considérer la poésie comme de la prose ne s’accorde pas avec cette pratique jugée trop académique. De même, certaines liaisons impliquées par la prosodie poétique nous paraissent aujourd’hui artificielles. Il me semble néanmoins qu’un effort pour satisfaire aux règles prosodiques de la poésie classique conduit à un résultat esthétique dans l’ensemble bien plus satisfaisant que des productions manifestement négligentes à cet égard.

Sur le plan de l’appareillage médiatique, Josyane Moral manifeste un attachement très important à déclamer sur fond musical. Néanmoins, je l’ai incitée à produire également des enregistrements purement vocaux, solution qui, sans critiquer des formats possiblement plus attractifs pour le public, me paraît la plus satisfaisante sur le plan poétique.

Pour terminer, je vous invite à l’audition des enregistrements sur la plateforme YouTube par les liens suivants :

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