18 janvier 2026

De profundis…

La stèle qui surplombe la tombe de Charles Baudelaire, de sa mère et de son beau-père est dans un état assez inquiétant. En effet, cette stèle sur laquelle sont gravés leurs noms, et qui est un héritage du XIXe siècle, se trouve creusée par l’arrière, par les assauts du temps, par le gel, la pluie et les variations de température.

À tel point que Baudelaire nous adresse un message : peut-être est-ce le 175ème poème des Fleurs du Mal, un sonnet écrit depuis sa tombe… ?

DES PROFONDEURS J’AI CRIÉ !

J’implore votre écoute en un étrange thème,
Du fond du gouffre obscur où je suis enterré ;
Je suis pris au piège entre un homme abhorré
Et les restes mortels de la mère que j’aime ;

Le soleil sans chaleur vient griffer, de ses doigts,
Notre pauvre demeure à stèle de calcaire ;
Le grand bloc érigé subit un vrai calvaire :
Celui des eaux, des vents, des siècles et des mois !

Moi qui tape au couvercle et ne peut faire face,
Je réclame un regard sur les dégâts de glace
Que lui font les saisons semeuses de Chaos !

J’alerte sur le sort aux innombrables maux
Qui lui creuse la pierre en insecte cupide,
Tant les assauts du temps la poussent dans le vide !

Charles BAUDELAIRE
(avec l’aide de plume de Cédric JACOB)

Un poète inconnu participe à l’appel avec ce poème en écriture euphonique, découvert, par hasard, par Claude FERNANDEZ :

Jamais je n’eus pensé” qu’en un siècle impudent
L’on put abandonner” mon ultime demeure.
Las’ Vertumne et Borée” liguent les éléments
Pour saper mon renom” mon posthume triomphe.

N’ai-je  pourtant brillé” phare et flambeau divin?
N’ai-je pourtant subi” dérision’ quolibets
Tel ce pauvre albatros” par les marins hué?
Moi qui fus pacifique” en ce monde cruel.

C’est vrai que fus jadis”  poète impertinent
Provocateur’ cynique” envers les gens honnêtes.
Je mérite l’affront” que céans je subis
Cependant pardonnez” mon humeur taciturne.

Réparez les dégâts” des algides bourrasques
Déposez promptement” aconits et colchiques
Ces vénéneuses fleurs” mieux seyant à ma dalle
Que palots cyclamens” que falots chrysanthèmes.

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