4 septembre 2026

Mireille

C’est avec une immense tristesse que nous vous faisons part du décès de notre deuxième Vice-Présidente, Mireille CALLE GRUBER.

Mireille

une merveille qui désormais sommeille

Trouver les mots justes après la perte d’un être cher ressemble parfois à chercher une étoile dans un ciel voilé. L’émotion submerge, la main tremble sur le papier à l’idée de ne pas être capable de rendre hommage à la hauteur de la personne disparue, et pourtant il est important d’exprimer ce que le cœur contient.

Pour elle avant tout, pour ses proches dont Ebehard, son mari avec qui elle a vécu 54 ans de bonheur mais aussi pour vous chers lecteurs qui la connaissiez de près ou de loin.

Femme aux qualités humaines exceptionnelles, d’une modestie et générosité sans limites, elle a été une écrivain au style inégalable, Professeur de littérature et esthétique à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, Directrice du Centre de Recherches en Études Féminines & Genres / Littératures francophones (CREF&G/LF), Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques depuis 1994, Membre de la Société Royale du Canada depuis 1997, Membre du Conseil scientifique du Collège international de Philosophie depuis 2019. Docteur honoris causa de l’université Aristote de Thessalonique en 2022.

Devenue Professeur émérite, elle a continué à organiser des colloques dans le monde entier, à nous offrir des conférences lors de divers événements culturels et littéraires, à écrire aussi sur les auteurs et artistes mais aussi ses propres ouvrages et articles plus passionnants les uns que les autres.

Elle a travaillé sur les œuvres des contemporains, et souvent avec eux, ainsi que dans le domaine des études de genre. Outre une abondante production en critique littéraire, elle a fait œuvre d’écrivain avec la publication de romans, récits et livres d’artiste. Auteure au style rayonnant délicat et rigoureux tout à la fois, elle a publié une Biographe de Claude Simon, prix Nobel de Littérature1985, dont elle a aussi été l’ayant droit moral testamentaire.

Elle a codirigé le Dictionnaire Universel des Créatrices et dirigé l’édition des Œuvres Complètes de Michel Butor.

Notre rencontre s’est produite à l’Université Sorbonne-Nouvelle en 1998, sortant du baccalauréat et m’engageant avec enthousiasme dans un cursus littéraire en vue d’obtenir le concours de Professeur des Ecoles.

J’ai alors eu la chance de suivre ses cours de littérature comparée.

Professeure passionnée, débordante d’énergie, elle a su me transmettre son amour de la langue et des textes avec une immense générosité.

Elle avait une manière originale de nous guider dans l’analyse des textes et la découverte des auteurs selon une méthode à la fois extrêmement rigoureuse et sensible.

J’ai continué de suivre ses séminaires en Master 1 et Master 2, puis elle a accepté d’être ma co-directrice de thèse consacrée aux synesthésies chez Baudelaire.

Elle a guidé mes recherches autour des « Correspondances » esthétiques avec beaucoup de disponibilité et de bienveillance.

Même le dimanche matin, elle se rendait disponible pour travailler au café sur la Place de la Contrescarpe ou rue Mouffetard, des lieux que nous aimions tant.

Je lui suis extrêmement reconnaissante de la formation exceptionnelle qu’elle m’a apportée.

Elle m’a appris lire et analyser les textes avec discernement, avec ce qu’elle appelle « une distance généreuse »

Elle m’a appris à écrire en trouvant mon propre style, à considérer l’acte d’écrire comme une « mise en danger de soi », en acceptant le tremblement, les écarts, les silences comme conditions même de la création.

Son rôle de directrice de thèse terminé, elle a continué de me soutenir dans mes projets de recherche et de publications.

Mais son rôle d’enseignante ne s’est pas arrêté sur les bancs de l’Université.

Elle m’a fait entrer dans l’univers des arts et des lettres de manière fabuleuse en m’ouvrant les portes à des espaces de création, et permis des rencontres exceptionnelles avec des artistes, écrivains ou philosophes venus du monde entier. Claude Simon, Jacques Derrida, Pascal Quignard, Hélène Cixous, Assia Djebar…

Les voix, les regards et les personnalités de Michel Butor ou d’Yves Bonnefoy, disparus en 2016 à moins de deux mois d’intervalle, ont continué de résonner en moi et sont devenus des étoiles dans mon ciel de recherche, ils continuent à m’inspirer.

Mireille a désormais sa place au milieu de ces grands hommes et grandes femmes. Son souvenir en nous restera comme un phare au milieu de l’Océan littéraire.

Elle avait accepté d’être Vice-présidente de notre Société Internationale des amis de Charles Baudelaire en 2024.

Lors d’une Journée d’Études à la Sorbonne en octobre 2025, elle nous avait offert une très belle communication intitulée « Baudelaire au regard de Philippe Lacoue Labarthe ».

Cette année encore, elle devait soutenir notre Journée d’études consacrée au « Dialogue entre Baudelaire et Butor à travers les rêves » prévue le 20 octobre prochain.

Nous lui dédierons cette journée.

Plein de projets l’attendaient, notamment pour le centenaire de la naissance de Michel Butor. Elle venait d’organiser un colloque International prévu le 15 octobre prochain intitulé Michel Butor au rendez-vous des artistes : « Permettez-moi de naviguer en votre compagnie »

Elle devait également participer à des événements à Nice dans le cadre de cet anniversaire.

Reposez en paix, chère Mireille, là où vous êtes, parmi vos orangers, citronniers et autres arbres fruitiers juteux, parfumés et colorés du Sud de la France que vous aimiez tant.

Profitez du soleil et de la lumière céleste et continuez de veiller sur nous comme nous continuerons de penser bien fort à vous.

Avec toute notre reconnaissance et pensées poétiques,

Florelle ISAL, Vice-Présidente de la Société Internationale des Amis de Charles Baudelaire

L’ensemble des membres de la SIACB s’associe à cet hommage.

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